Fiche numéro : 43
Juin - les moutons et brebis du Larzac
protagonistes duveteux et silencieux de Tant qu’on l’aura sous les pieds aux éditions Cotcotcot.
En 1971, puis pour dix ans, le plateau du Larzac est l'objet d'une lutte paysanne non violente, sous l'oeil un peu béat des moutons. Ceux-ci ne s’en doutent pas une seule minute, mais on les menace. Leur petite toison laineuse pourrait bien rapidement être contrainte d’aller se balader un peu plus loin. La raison ? Une volonté gouvernementale d’étendre un camp militaire pour quintupler sa surface. Les arguments : la terre ne produit rien et les bestiaux,
ça peut bien vivre ailleurs. Les gens aussi. Surtout ceux du Larzac, qui vivent tout de même « moyenâgeusement ». Mais, à la surprise générale, les paysans ne se laissent pas faire et baladent leurs brebis du champs de Mars (en prétextant le tournage d’une publicité pour le roquefort) au tribunal où elles gambadent joyeusement entre deux jugements de leurs bergers. Entre outils, moyens de contestation et éléments du paysage, fort esthétique au demeurant, les ovins ont la part belle dans ce docu- fiction aux allures d’escapade spatio-temporelle.
Ils se voient même fièrement à la tête d’une théorie : la théorie des moutons. "Les humains, c’est comme les bactéries dans le corps : disons qu’il y a 10% de bonnes bactéries, 10% de mauvaises, les 80% restantes sont des bactéries moutons. Dans l’absolu, c’est pas grave qu’il y ait 80% de bactéries moutons. Il suffi t d’un petit peu plus de bonnes bactéries que de mauvaises – même 0.1% – pour faire basculer l’équilibre dans le positif. On dit trop rapidement de façon négative “Oui, les gens sont des moutons, ce sont des suiveurs, bla-bla-bla...”. Eh bien, tant mieux s’il y a plein de moutons qui suivent et font basculer l’équilibre du bon côté. Ça peut faire toute la différence."
L’OEUVRE
Tant qu’on l’aura sous les pieds est un roman graphique au sens premier du terme, qui tantôt aborde les interrogations engagées de son autrice, tantôt revient sur la grande mobilisation en soutien aux paysans du Larzac. Émaillant son récit de citations historiques, de longs paysages secs et herbeux et de formes dont on ne sait si elles sont pierres immobiles ou moutons endormis, Chloé Pince nous trimballe dans le temps, sur le plateau du Larzac et dans la première manifestation de désobéissance civile pacifique de France. Un combat qui s’achève une décennie plus tard sur l’abandon du projet d’extension et la non-expropriation des terres des paysans.
L’AUTRICE
Chloé Pince est une autrice contemporaine française, originaire de la Creuse à laquelle elle retourne après ses études aux Beaux Arts de Bruxelles. Travaillant les paysages, le végétal et l’histoire, dans Tant qu’on l’aura sous les pieds, on découvre ses lignes claires et pures, sans couleurs, mais qui font vibrer et écrasent le lecteur. Les petits vallons et les grandes étendues de plaines du Plateau où paissent les troupeaux sont donc les premiers à ouvrir la collection des Randonnées Graphiques chez CotCotCot.
Fiche rédigée par Océane Burdillat
