Fiche numéro : 31 - avril 2022

Avril - Cerf

Fiche n° 31- Avril 2022

L’Antivoyage de Muriel Cerf

Année de première publication: 1974, Éditions Mercure de France

Éditions Actes Sud- Babel en 2008

Au début des années 70, animée par l’inconscience de ses vingt ans doublée d’une impressionnante maturité, Muriel Cerf s’envole pour l’Asie, prête à en découdre avec la vie. 

À son retour, elle écrit L’Antivoyage, récit halluciné d’une intensité surprenante de son aventure essentiellement guidée par l’improvisation, la fougue et l’ouverture d’esprit…Car « l'antivoyage » c’est avant tout l’anti-voyage-organisé. 

Lu par Roger Caillois chez Gallimard, publié au Mercure de France en 1974, ce texte devient très rapidement un livre culte, souvent réédité. Sans concession, déroutant, tant d’années après il reste un excellent moyen de se confronter aux contradictions de l’Asie, mais aussi à celles de l’Occidental en quête d’Ailleurs. L’écriture ébouriffante de Muriel Cerf, d’emblée ensorcelante, sublimant les épreuves et les désillusions, insuffle une énergie vitale essentielle.

L’autrice:

Née en 1950, Muriel Cerf étudie à l’École du Louvre et se destine au métier d’antiquaire, spécialisée en art de l’Extrême-Orient. Après un stage, elle travaille un temps au service artistique du Figaro, mais choisit de voyager et d’écrire. En 1975, elle reçoit le Prix Valéry-Larbaud pour Le Diable vert, suite de L’Antivoyage.

À trente ans, renversée par une voiture, diminuée, elle renonce à ses pérégrinations et vit plutôt recluse. Elle coécrit un scénario pour Philippe Garrel en 1993, est récompensée en 1999 du Grand prix de la nouvelle de La Société des gens de Lettres et est décorée en 2005 du titre de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Jusqu’à sa mort en 2012, elle publie une trentaine de romans.

Extrait :

« La ruelle bourdonne déjà d’activité. Bouillasse, cochons, bouse, fumier, soleil, cris des coqs, seaux d’eau jetés dehors, vision divine de crasse saine et matinale, merde séchée sans mouches dessus, fiente de pigeons qui transforme les pierres en sculpture; en regardant à l’intérieur des maisons d’en face, très rapprochées, on se sent indiscret comme le géant qui soulève le toit des maisons. Une précieuse dentelle de bois noir encadre toutes les fenêtres comme des théâtres de Guignol ouverts sur la rue. »

Fiche rédigée par Sarah Bazin-Slaney