Fiche numéro : 23 - juin 2021

Juin - Hedayat

Fiche n°23 - Juin 2021

Trois gouttes de sang

Sadeq Hedayat – صادق هدایت

Année de première publication : 1932

Titre original : سه قطره خون traduit du persan par Gilbert Lazard et Farrokh Gaffary

Editions Phébus puis Zulma.

Ce recueil de dix nouvelles persanes nous invite à un dangereux mais exaltant périple au-dessus de la médiocrité humaine. On y lit l’horrifique récit d’une femme en quête de rédemption lors de son pèlerinage ou celui d’une jeune mariée dont la candeur s'éclipse à la faveur de tendances masochistes. C’est avec le plus acerbe des cynismes que Sadeq Hedâyat  substitue à l’amour la haine, au réel la folie, et punit l'innocence par l'anathème. Il s'attaque également à l’hypocrisie religieuse qui gangrène sa société, à l'image de certains de ses personnages dissimulant leurs vices derrière un décorum de piété.

L'auteur dépeint avec lucidité l’Iran du siècle dernier où les mœurs et l’imaginaire persans constellent les mésaventures d’archéologues, de marchands et de pèlerins, depuis le cœur des bazars jusqu'aux montagnes du Zagros.

Sadeq Hedâyat naît à Téhéran en 1903. Il étudie en France puis retourne en Iran où il traduit d'anciens textes persans, ainsi que plusieurs œuvres de Sartre. Il rédige également un essai sur Kafka, nourrissant sa pensée de deux des plus grands maîtres de l'absurde. Bien que l'ensemble de ses travaux se révéleront essentiels pour les jeunes intellectuels iraniens à venir, son chef d’œuvre La Chouette aveugle – une plongée au milieu des hallucinations d'un fumeur d'opium – s'attire de vives critiques.
Dépressif, l’auteur s’échappe d’une réalité jugée accablante par le recours de drogues et d’alcool ; et l'obsession du suicide ne cesse de le hanter. Son recueil
Trois gouttes de sang retranscrit son errance, son goût et dégoût pour la rêverie superstitieuse, ainsi que le regret avec lequel il observait les travers de ce monde. De retour à Paris dans les années 50, il se suicide au gaz dans son appartement du 18e arrondissement.

« Le corps de la jeune femme flottait à la surface de l’eau. Ses mèches noires s’étaient enroulées autour de son cou comme un serpent, sa robe vert-de-gris était plaquée sur sa peau. Son visage portait une expression de sérénité majestueuse : comme si elle avait atteint un lieu où n’existe ni beauté ni laideur, ni noce ni deuil, ni rire ni pleurs, ni joie ni tristesse. Elle était au paradis… »

Fiche rédigée par : Clément Houdart et Alicia Kalafate