Fiche numéro : 46 - septembre 2020

Septembre - Mutis

Alvaro Mutis, La dernière escale du Tramp Streamer
première édition en 1988
1992 pour la traduction française par Chantal Mairot
Editions Grasset, collection Cahiers Rouge

« Le hasard est toujours suspect, et nombreux sont les masques qui l'imitent. » La dernière escale du Tramp Streamer est l'une des plus belle histoire d'amour et de mer que l'on puisse lire. Le narrateur est écrivain. Ces lignes restituent les confidences de Jon Iturri, un capitaine basque au cœur brisé. Mais le premier personnage de cette histoire magnifiquement improbable est l'Alcyon un Tramp Streamer, enfin plutôt « une épave vagabonde de la mer » que le narrateur croisera pour pour la première fois dans la bais d'Helsinki. D'autres apparitions suivront, dans d'autres lieux qui précéderont la rencontre avec Iturri, marin grisonnant dont l'existence changea à jamais après sa rencontre avec Wanda, jeune et sublime armatrice sœur d'Abdul Bashur (l'un des héros récurrents de Mutis) pour laquelle il va travailler en conduisant son cargo de part le monde et avec qui il aura une liaison passionnée et funeste. Ce bref roman possède le charme fou d'une échappée belle.

« Je connais des îles lointaines / Je connais des rades foraines /Et des passes non balisées, (...) » La place qu'occupe l’œuvre d'Alvaro Mutis dans mon petit panthéon littéraire est indissociable de ces quelques vers de Louis Brauquier, poète voyageur né à Marseille découvert au même moment. Né à Bogota en 1923 et mort à Mexico en 2013, Alvaro Mutis est une figure de la littérature colombienne. Ami de Garcia Marquez qui lui dédie Cent ans de solitude, il fut à l'image de ses livres et de son personnage de prédilection Maqroll El Gabiero, un autodidacte et un aventurier. Parmi ses œuvres maîtresses il convient de retenir : La neige de l'Amiral, Un Bel Morir ou encore Ilona vient avec la pluie, tous les trois aux éditions Grasset et traduits par François Maspéro qui le qualifiait ainsi : "Beaucoup de superbe, un rien de canaille, quelque chose entre l'hidalgo et le bourlingueur". Il reçut en 2001 le prix Cervantes, plus haute distinction des lettres hispaniques.

Extrait :

« Dans le marécage, sous le ciel constellé à la phosphorescence tiède et palpitante, les nuits étaient propices à la longue confidence de Jon Iturri. Malheureusement, la façon dont je l'ordonne ou la mets en place ne permet pas de rendre les accents d'émotion contenue qui allaient croissant dans le récit. »