Fiche numéro : 72

Juin 2026 - Stanković

Fiche n°72 - Juin 2026

Le sang impur de Boris Stanković

Traduit du serbo-croate par Marcelle Cheymol-Voukassovitch

Année de première publication : L'Âge d'Homme, 1980, Livre de Poche, 2025 pour la présente édition

Publié en 1910 et considéré comme le premier roman serbe, Le Sang Impur décrit avec l'opulence d'un conte des Mille et une nuits le destin de Sofka, ultime héritière d'une lignée aussi viciée qu'aristocratique. Elle est la fille du pater familias, absent physiquement du foyer mais présent jusqu'à l'obsession dans l'esprit des femmes de la maisonnée. Promis à la ruine et au déshonneur, son seul fait d'arme sera de la vendre à une brute, avide de disposer de ses charmes et de mélanger le sang pour asseoir sa puissance. Ici, chacun cherche à tirer le meilleur parti de l'autre, jusqu'à réduire la jeune femme à une banale marchandise. Il coule dans leurs veines le sang usé d'une famille dont l'orgueil et l'endogamie l'ont conduite à la déchéance morale.

L'auteur se révèle maître incontesté quand, pour dire l'indicible et faire de cette fable incestueuse une fête, il délaye sa prose dans l'ivresse capiteuse de tous les parfums et les fastes d'un Orient sublimé.

L'auteur

Écrivain dramaturge serbe né à Vranje en 1876, Boris Stanković est une figure majeure du réalisme et l'inventeur de la Moderna, école qui visait à renouveler le genre du roman pour l'amener vers un canon jugé plus moderne. Son œuvre explore surtout le patriarcat et l'influence de la Turquie voisine. Il dépeint un tiraillement entre désirs personnels et contraintes familiales et transporte le lecteur dans un monde au croisement des influences slaves, orthodoxes et celles d'un empire ottoman en fin de course. Métissage que Franck Bouysse, dans sa préface, dit qu'il faut s'attacher à comprendre pour en identifier les dynamiques sociales. Sofka n'est ni serbe ni slave. Originaire de Macédoine et assujetie à la volonté des hommes, elle est doublement vouée à l'incompréhension. Touché par ce problème, Stanković parmi les écrivains serbes, est celui qui expose le mieux le destin de la femme à l'analyse de sa souffrance. Pas étonnant qu'il consacre les dernières années de sa vie à son épouse et ses trois filles. Il meurt à Belgrade en 1927 en laissant certaines de ses œuvres inachevées.

Citation

« Une sorte de folie, une ardeur insensée s'empare de Sofka lorsqu'elle découvre la force de cet amour. Par pitiè, pour le calmer, le consoler, le convaincre par l'évidence, elle finit par s'écrier dans une volupté d'obéissance :

- Oui, petit père, je vous aime, je vous aime infiniment. Je vous aime tous.

- Mais...vraiment...tous ?

- Tous, la maison, toi. Mais, toi, le plus de tous ! »

Fiche rédigée par Stéphane Prieur