Fiche numéro : 70
Avril 2026 - Lussu
Les Hommes contre d’Emilio Lussu
Année de première publication : 1938
Austral, 1995 et Arléa, 2015 pour la présente édition
Traduit de l’italien par Emmanuelle Genevois et Josette Monfort
1916-1917. Emilio Lussu, alors jeune officier de l’armée italienne, affronte les troupes autrichiennes sur le sanglant front alpin du plateau D’Asiago. Vingt ans plus tard, pressé par son ami Gaetano Salvemini, un politicien farouchement antifasciste, il rédige en un an ce qui va devenir un des plus grand récits de guerre de la littérature italienne.
Dans cette chronique d’une année de combats aussi brutaux que vains, E. Lussu décrit la vie quotidienne de sa brigade, composée en grande partie de simples bergers et de paysans sardes, sous les ordres d’un état major hautain, incompétent et affranchi de la réalité meurtrière de la guerre. Les morts inutiles, l’attente, le doute, l’alcool comme assommoir, la sidération de la troupe parfois révoltée, souvent résignée, tout dans ces souvenirs guerriers teintés d’une discrète ironie fait des Homme contre une stèle littéraire pacifiste et profondément humaine.
L'auteur
Emilio Lussu naît en Sardaigne en 1890 dans une famille aisée et intellectuelle qui lui inculque le sens de l’égalité et de la justice et lui transmet la conscience de la forte identité sarde. Convaincu de la nécessité pour l’Italie de se battre aux côté des Alliés, il s’engage comme officier durant la Première Guerre mondiale. C’est pour lui une expérience décisive qui lui inspire Un anno sull’Altipiano (Les Hommes Contre). Après la guerre, il fonde le Parti sarde d’action, est élu député et s’oppose au fascisme de Benito Mussolini. Condamné puis banni de son pays, il participe à la lutte antifasciste en Europe et à l’organisation de la résistance italienne en exil puis à la lutte armée contre l’occupant nazi en Italie. Il devient ministre après 1945 tout en poursuivant son engagement socialiste et autonomiste. Il meurt à Rome en 1975.
Citation
- C’est un héros, commenta le général. Un véritable héros.
Quand il se redressa, ses yeux, à nouveau, croisèrent les miens.
L’espace d’un instant. Et alors je me souvins d’avoir vu ces même yeux, froids et tournoyants, à l’asile d’aliénés de ma ville, durant la visite que nous avions faite avec notre professeur de médecine légale.
- C’est un authentique héros, continua le général.
Il chercha sa bourse et en tira une lire d’argent.
- Tiens, dit-il, tu boiras un verre à la première occasion.
De la tête, le blessé fit un geste de refus et cacha ses mains. Le général resta avec sa lire dans la main et, après un instant d’hésitation, la laissa tomber sur le caporal. Aucun d’entre nous ne la ramassa.
Fiche rédigée par Jean-Éric Nuquet
