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LES LECTURES

DE MILLEPAGES

Poemes jamais assembles d'Alberto Caeiro

Auteur(s) : Fernando Pessoa

Edition : Unes

Parution : 18/10/2019

Chronique de Simon Payen :

Fernando Pessoa ne cessera jamais de nous fasciner !

Ces nouveaux poèmes retrouvés, écrits sous l’une de ses différentes identités poétiques, tranchent radicalement du côté de la précision et de l’introspection. À travers un style épuré de tout lyrisme, il émerge de ses vers une pensée philosophique d’une intelligence remarquable. Un moment de lecture unique et précieux, comme seul sait le faire cet immense poète.

Resumé éditeur :

Alberto Caeiro, de tous les hétéronymes inventés par Fernando Pessoa, est un maître de la simplicité, celui qui ne regarde jamais au-delà de la réalité qui passe indifférente devant nous. Au contraire d'Alvaro de Campos, le grand créateur d'allégories universelles, propagateur de modernité, Caeiro se méfie des raffinements du style, des mythes, et des fables qui sont pour lui fantasmes et fumées. À ces fausses éternités, aux métaphores qui enflent artificiellement le monde, il oppose un regard consentant et direct. Poète modeste, conscient de sa place minuscule sur la terre, il se fait le témoin heureux des pluies et des saisons, de la route devant soi, même de la mort à venir. « Non pas penser mais voir », ne rien exiger, mais attendre et accepter. Cette poésie antimétaphysique plaint les hommes en quête de bonheurs qui n'existent pas, trop occupés du futur, qui rêvent dans leurs mauvais rêves. Il plaint les mystiques qui cherchent des interprétations, qui ajoutent des noms aux pierres, aux ruisseaux, aux arbres pour en brouiller le sens. Ceux qui partout imposent la marque de l'homme, posent leurs mains, veulent faire démonstration d'intelligence, dans une appropriation aveugle du monde. Caeiro écarte certitudes et incertitudes, vérités et mensonges qui sont pour lui des valeurs abstraites, « j'accepte l'injustice comme j'accepte qu'une pierre ne soit pas ronde », dit-il. Il bâtit une oeuvre philosophique qui prêche l'abandon de toute philosophie, qui privilégie la conscience à la théorie, et invite à l'indifférence. Consentir à l'indifférence ouvre à un amour plein, car on s'approche des choses pour ce qu'elles sont au moment où elles sont, plutôt que de se perdre dans un palais des miroirs de potentialités et de mirages. Il s'agit d'aimer « les choses sans aucun sentimentalisme ». C'est toute la beauté de cette entreprise, au sourire amusé toujours en arrière plan de ses paradoxes : Pessoa est un démiurge, Caeiro ne l'est pas, et ces poèmes, dans le prolongement immédiat du Gardeur de troupeaux, qui ne portent pas de fable, sont simplement la leçon sans morale du temps présent.