91 rue de Fontenay - Vincennes | 01 43 28 04 15
du mardi au samedi : 9H30-19H30, dimanche : 10H30-13H00 et lundi : 14h30-19h30
de Vanderhaeghe-G
chez Le Livre de Poche
Paru le 19/03/2008
Du 20/01/2010
Annie Proulx, l?auteur de N?uds et dénouements ( Grasset et Rivages Poche) et du désormais fameux Brokeback Mountain (Grasset), récemment adapté au cinéma de la meilleure manière qui soit par Ang Lee, ne s?y trompe pas, son flair de grande lectrice a succombé aux muscs puissants du roman de Guy Vanderhaeghe. Il faut dire que cet écrivain vivant à Saskatoon dans le Saskatchewan, jouit d?une fameuse aura en Amérique du Nord et dans de nombreux pays de part le monde. Heureux lecteurs français qui ne le connaissez pas encore ! Ce texte charnu laissera en vous une empreinte aussi profonde que les sillons creusés par les roues de chariots sur les pistes du grand ouest américain.
En 1871, le jeune Simon Gaunt disparaît dans les territoires sauvages du Nord-Ouest. Son père, richissime aristocrate anglais somme ses deux autres fils ? Charles, un peintre sans réel talent et Addington, sorte de soldat d?opérette sombre et autoritaire ? de retrouver Simon coûte que coûte. Leurs certitudes, leur raffinement (délicieusement mis en scène par Guy Vanderhaeghe) seront mis à mal par la crudité de l?Ouest : des hommes et des femmes façonnés par ce monde dépourvu de douceur, brutal par essence, anarchique. Choc frontal entre la vieille Europe guindée et le nouveau monde débordant de sève. Le tour de force de l?auteur consiste à nous faire partager la vie de chacun des personnages qui prend part à cette expédition. Que ce soit le fascinant Jerry Potts, métis indien taciturne, Custis Straw, le vétéran marqué à jamais par la guerre de Sécession ou encore la farouche Lucie Stoweall guidée par une soif inextinguible de vengeance, tous portent en eux une histoire inavouable, tassée au fond de leur c?ur écorché vif. Le choix fait par Guy Vanderhaeghe pour sa narration est à la hauteur du défi qu?il s?est fixé. Pour que nous puissions vivre cette aventure à multiples rebondissements de l?intérieur, le romancier s?est glissé dans la peau de chacun de ses personnages, s?exprimant avec leurs mots, leurs émotions.
C?est donc un voyage double auquel nous convie l?auteur : un voyage intérieur, subtilement intimiste, qui nous entraîne jusqu?aux tréfonds de ces âmes torturées et un voyage géographique et historique où Guy Vanderhaeghe nous invite à contourner la superficialité de l?évènementiel (auquel on peut faire dire tout et son contraire) pour nous inciter à nous pencher sur la page restée trop souvent blanche de l?Histoire des humbles, des anonymes. Un thème domine toutefois La dernière traversée, celui de la rencontre impossible entre la civilisation occidentale importée d?Europe et la mosaïque de nations indiennes, dont l?éradication brutale est constitutive de la construction du Nouveau Monde. Heureuse manière de transcender le western, genre auquel on ne peut en aucun cas réduire ce roman.
Il serait injuste de refermer cette chronique sans saluer l?impeccable travail de traduction de Michel Lederer qui a, dans l?ombre et avec la complicité de l?éditeur, largement contribué à faire de ce roman époustouflant l?une des meilleures surprises de l?année dans la catégorie littérature étrangère.