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Le parfum des fleurs la nuit

Le parfum des fleurs la nuit

de Leïla Slimani

chez Stock

Paru le 20/01/2021

18,00€ Disponible à Millepages
Quantité

Chronique de Morgan Cariou

Du 20/03/2021

Leila Slimani n'a pas d'appétit particulier pour l'art contemporain. Elle le dit dès le début de l'ouvrage et se laisse pourtant convaincre par une éditrice de passer une nuit à la Punta Dogana, à Venise.

Au fil de ses déambulations dans le musée, l'autrice se livre et se remémore sa jeunesse au Maroc sous l'ombre tutélaire d'un père cloîtré, impliqué à tort dans un scandale financier. Au contact des œuvres, des souvenirs réapparaissent entremêlés de considérations plus générales sur l'écriture ou l'exil.

Un essai sensible et sincère qui nous permet d'en apprendre un peu plus sur l'autrice du prix Goncourt 2016.

Comme un écrivain qui pense que « toute audace véritable vient de l'intérieur », Leïla Slimani n'aime pas sortir de chez elle, et préfère la solitude à la distraction. Pourquoi alors accepter cette proposition d'une nuit blanche à la pointe de la Douane, à Venise, dans les collections d'art de la Fondation Pinault, qui ne lui parlent guère ? Autour de cette « impossibilité » d'un livre, avec un art subtil de digresser dans la nuit vénitienne, Leila Slimani nous parle d'elle, de l'enfermement, du mouvement, du voyage, de l'intimité, de l'identité, de l'entre-deux, entre Orient et Occident, où elle navigue et chaloupe, comme Venise à la pointe de la Douane, comme la cité sur pilotis vouée à la destruction et à la beauté, s'enrichissant et empruntant, silencieuse et raconteuse à la fois. C'est une confession discrète, où l'auteure parle de son père jadis emprisonné, mais c'est une confession pudique, qui n'appuie jamais, légère, grave, toujours à sa juste place : « Écrire, c'est jouer avec le silence, c'est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle ». C'est aussi un livre, intense, éclairé de l'intérieur, sur la disparition du beau, et donc sur l'urgence d'en jouir, la splendeur de l'éphémère. Leila Slimani cite Duras : « Écrire, c'est ça aussi, sans doute, c'est effacer. Remplacer. » Au petit matin, l'auteure, réveillée et consciente, sort de l'édifice comme d'un rêve, et il ne reste plus rien de cette nuit que le parfum des fleurs. Et un livre.
EAN
9782234088306
DATE PARUTION
20/01/2021
SUPPORT
Grand format
PAGES
152
POIDS
0.17g