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LES LECTURES

DE MILLEPAGES

Trois jours chez ma tante

Auteur(s) : Yves Ravey

Edition : Minuit

Collection : Double Minuit

Parution : 07/03/2019

Chronique de Pascal Thuot :

"Trois jours chez ma tante"... Ce titre faussement innocent pourrait être celui d’un film de Rohmer. Mais finalement, non. C’est bel et bien du Ravey pur jus. Une petite mécanique précise et implacable comme une décision de justice.

Marcello disparu des radars depuis une vingtaine d’année a du mouron à se faire. Sa riche et généreuse tante désormais très âgée et visiblement très fâchée, lui a demandé de rappliquer dare-dare pour une double raison : primo, elle a décidé d’arrêter de lui verser sa mensualité, secundo, elle le déshérite sans autre forme de procès. Ça tombe mal. Marcello se trouve être en délicatesse avec les autorités quant à l’obscur institut pour orphelins dont il a la charge au Liberia. D’un autre côté, il n’était pas non plus très chaud pour revenir en France, le Marcello. Il n’est pas sans savoir que le passé a la vilaine habitude de marquer les fâcheux à la culotte. Marcello dont la malhonnêteté présumée n’a d"égale que la mauvaise foi, joue gros. Saura-t-il éviter et les embrouilles et la banqueroute ?

Dans un décor minimaliste bien fignolé dont il a le secret, Yves Ravey avance ses pions sur l’échiquier de la comédie humaine. Après les excellents "La fille de mon meilleur ami" et "Sans état d’âme", ce nouveau roman délicatement empoissonné procure l’intense plaisir de l’escalade suivi d’une chute toujours surprenante.

Permettez-moi de vous donner du Maître, monsieur Ravey.

Resumé éditeur :

Après vingt ans d'absence, Marcello Martini est convoqué par sa tante, une vieille dame fortunée qui finit ses jours dans une maison de retraite médicalisée, en ayant gardé toute sa tête. Elle lui fait savoir qu'elle met fin à son virement mensuel et envisage de le déshériter. Une discussion s'engage entre eux et ça démarre très fort. À nouveau, le romancier cerne au plus près de l'action qu'il raconte et s'interdit toute évasion ou interprétation. Quand on lit un roman d'Yves Ravey, on voudrait entrer, par effraction, pour un instant, dans la tête de l'auteur. Cela afin de mesurer ses intentions, ses sentiments surtout, d'évaluer quelles pensées le guident, quelle idée préside à l'invention de l'histoire qu'il est en train de nous conter. Comme si le résultat, c'est-à-dire le roman construit, écrit, publié, avec son intrigue bien délimitée, avec ses personnages, leurs noms, leurs actions, etc., ne suffisait pas et qu'un lourd mystère planait, que la lecture ne dissipe pas - bien au contraire... Et pourtant, au départ comme à l'arrivée, tout semble limpide : pas de complications psychologiques, pas de narration emberlificotée, à plusieurs niveaux, pas de troubles étalés, disséqués, de la conscience des personnages. Dans le précédent roman, Sans état d'âme (Minuit, 2015), les ressorts de l'intrigue étaient actionnés avec une certaine subtilité : il y avait comme un tremblement. Ici, ces mêmes ressorts sont visibles, la ligne narrative est volontairement épurée... Et cependant, le mystère demeure. Et même exposé à la pleine lumière, il n'est pas levé à la fin du livre. Comme dans un roman policier, on reste suspendu à l'action, dans l'attente de son dénouement. C'est bien le destin des protagonistes qui est en jeu, leur avenir, leur vie et leur mort. Simplement, cette action, si minutieusement décrite fût-elle, sans échappée ni digression, donne au lecteur un sentiment de forte (mais indéterminée) inquiétude. Chef d'orchestre, Yves Ravey ne cherche à imposer aucun point de vue - même si un lointain arrière-fond de préoccupations politiques et sociales, morales aussi, est présent. Finalement, le charme très singulier de son art est concentré dans la diffusion et l'organisation de cette inquiétude. Patrick Kéchichian, La Croix, 7 septembre 2017