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La planète interdite de Robert Charles WILSON

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Les lecteurs de Robert C. Wilson attendait le second volet du triptyque ouvert il y a deux ans avec Spin, un peu comme le messie. Le voilà, il arrive le 3 septembre, il s’appelle Axis .

Qu’en pense un lecteur assidu comme moi ? Du bien et encore du bien, même si l’auteur rogne un peu sur le caractère très spectaculaire de Spin. Il faut dire qu’avec Spin, le canadien Robert Charles Wilson s’imposait comme l’un des écrivains de Science-Fiction les plus passionnants de ces dernières années. Chez lui, des thèmes aussi centraux que l’avenir de l’humanité, l’écologie, ou encore la confrontation avec l’inconnu, prennent une ampleur formidable. Wilson manie avec talent l’art du postulat vertigineux et excelle à lui adjoindre une forme très particulière de désenchantement.

L’auteur en quelques dates :

Robert Charles Wilson est né aux Etats-Unis en 1953 mais vit au Canada depuis l’âge de neuf ans. On ne peut pas dire qu’il nous inonde de textes, bien au contraire ! Il publie son premier texte – Equinocturne – dans la revue Analog en 1975. Depuis, ce sont quatorze romans et une vingtaine de nouvelles qui ont vu le jour. On est loin de la graphomanie qui sévit parfois dans le genre !
Le public français le découvre au début des années 90 au sein de la collection J’ai lu que dirige Jacques Sadoul, avec notamment le puissant Mysterium, malheureusement indisponible. Il faut ensuite attendre l’an 2000 pour retrouver cet écrivain d’exception aux éditions Denoël dans l’excellente collection Lunes d’encre. Depuis, c’est une sorte de lune de miel entre Gilles Dumay l’éditeur, et Robert Charles Wilson, l’auteur. Pour que la fête soit parfaite, il ne manque plus que les lecteurs qui, j’en suis sûr, tomberont sous le charme de ces quelques livres étonnants.


Darwinia
Traduit de l’anglais par Michèle Charrier
Denoël, coll. Lunes d’encre
ou Folio SF n° 151

« Car l’inacceptable était là. Il n’y avait pas de trace de la ville. La côte n’avait pas été aménagée. A la place des rues de Queenstown – des exportateurs, des grues, des dockers, des émigrants irlandais – ne s’étendait qu’une forêt sauvage enveloppant un rivage rocailleux. »

Il va bien falloir s’y faire, en mars 1912, un bombardement céleste de lumières surnaturelles précède la disparition soudaine de la vieille Europe, remplacée par un continent extravagant – baptisé ironiquement la Darwinie – dont les forêts inextricables et venimeuses abritent une foule de créatures infréquentables.
Quelques années après ce que d’aucuns nomment Le Miracle ou La Grande Conversion, Guilford Law, jeune photographe épris de science et d’aventure, s’engage dans la première grande exploration de cet univers qui défie la raison… Robert Charles Wilson manie avec bonheur les ficelles inusables du roman d’aventure façon Jules Verne, qu’il associe aux vertiges actuels de la Science-Fiction. L’originalité de ce roman réside pour une bonne part dans l’audace de son postulat de départ ainsi que dans son parti pris philosophique qui conduit le lecteur à s’interroger sur la fragilité et la vanité de l’humain face au cosmos insondable.


Les chronolithes
Traduit de l’anglais par Gilles Goullet
Denoël, coll. Lunes d’encre

« Le monument. Tout d’abord, il ne s’agissait pas d’une statue, c’est-à-dire de la représentation d’un humain ou d’un animal, mais d’un pilier à quatre côtés au sommet lisse et conique. Constitué d’un matériau qui évoquait le verre, mais à une échelle ridicule et impossible. Il était bleu, de ce bleu profond et insondable des lacs de montagne qui parvient à paraître à la fois paisible et inquiétant. Malgré son opacité, il semblait translucide. Le côté face à nous – le côté nord – était couvert de croûtes blanches. J’ai identifié avec stupéfaction de la glace qui se sublimait lentement dans la lumière moite. Dans la forêt dévastée humide de brouillard, à la base du monument, des monticules de neige en train de fondre masquaient l’intersection entre l’objet et le sol. »

Premier quart du XXIème siècle, les chronolithes – sortes d’obélisques glaciaires – surgissent avec fracas d’outre-monde et annoncent de grands bouleversements à venir : un mystérieux chef de guerre nommé Kuin va remporter de grandes batailles dans des lieux aussi inconcevables que la forêt thaïlandaise ou encore le désert mexicain. Ainsi commence l’effondrement du monde et de ses civilisations…
Scotty, témoin du premier monument asiatique (qui va au passage dévaster sa vie familiale) va, contre toute attente se retrouver mêlé à la mission scientifique chargée de percer cet événement démentiel. S’engage alors une course contre la montre on ne peut plus prenante qui conduira le lecteur en nage vers de sidérantes révélations.
Encore une fois, Wilson étonne avec ce somptueux thriller temporel doué d’une belle humanité. Plus abouti que Darwinia, Les Chronolithes porte en lui les germes du chef d’œuvre qui vient : Spin.

Spin
Traduit de l’anglais par Gilles Goullet
Denoël, coll. Lunes d’encre
Prix Hugo 2006

“ Des gens plus jeunes que moi m’ont demandé : pourquoi n’as-tu pas paniqué ? Pourquoi personne n’a-t-il paniqué ? Il n’y a pas eu d’émeutes, de pillages ? Pourquoi votre génération a-t-elle laissé faire, pourquoi vous êtes-vous tous laissés entrer dans le Spin sans même un murmure de protestation ?
Il m’arrive de répondre : Mais il s’est passé des choses terribles.
Il m’arrive aussi de répondre : Mais vous ne comprenez pas. Et qu’aurions-nous pu y faire ?
Il m’arrive aussi de répondre par la parabole de la grenouille. Lâchez une grenouille dans l’eau bouillante, elle en sortira aussitôt d’un bond. Placez-la dans une casserole d’eau tiède que vous mettez à chauffer à feu doux, et la grenouille mourra avant de se rendre compte du problème. »

Dans un futur si proche que nous y sommes déjà, un événement considérable va couper net le fil de notre Histoire. Un soir frisquet d’octobre, le ciel est vidangé de son tapis d’étoiles. A sa place, une obscurité insondable, l’écran noir indiquant de manière brutale que le film n’aura pas de suite, c’est l’entrée en scène du Spin, le début de la fin des temps. Notre jolie planète est en fait entourée d’une membrane qui l’isole du reste de l’univers, lui ménage des conditions climatiques normales et une temporalité limitée alors qu’à l’extérieur de cette geôle cosmique le temps file à toute allure, précipitant l’univers vers sa fin inexorable.
Tyler – le narrateur –, Diane et son jumeau Jason ne sont que des gamins à l’arrivée du Spin. Chacun composera avec cette nouvelle réalité. Alors que Jason suivra son destin de génie scientifique dans le giron de son industriel de père, Diane quant à elle, cherche dans un millénarisme de circonstance et une mystique mouvante les raisons de continuer, et Tyler, pétri d’amour pour Diane, endosse une carrière de médecin qui lui permet, au fond, de ne pas trop penser à tout ça.
Mais qui sont les Hypothétiques, ces puissances externes capables d’isoler une planète entière ? Mars est-elle la porte de sortie qui permettra à l’humanité de survivre à la mort programmée de la Terre ? N’a-t-on pas conduit aveuglément notre monde vers l’épuisement écologique ? Combien de temps reste-t-il avant la chute ? Robert Charles Wilson donne à toutes ces questions une ampleur exceptionnelle. Non content de nous faire vivre la tragédie-panique de la fin du monde, il installe une intimité profonde entre nous et ses trois personnages. Ce premier tome d’une trilogie annoncée distille une forme de saudade, une mélancolie si profonde qu’elle en parait inguérissable. Le chef d’œuvre de SF consciente tant attendu est là. Il donne un peu le tournis et laisse un emprunte tenace.

Bibliographie non-exhaustive :

Darwinia , Denoël 2000, puis Folio SF 2003
Bios, Folio SF 2001
Les Chronolithes , Denoël 2003, Folio SF annoncé pour octobre 2007
Blind Lake , Denoël 2005
Les fils du vent , Folio SF 2005
Le vaisseau du voyageur , Folio SF 20
Spin , Denoël, coll. Lunes d’encre, 2007
Mysterium , Denoël, coll. Lunes d’encre, 2008
Axis , Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009

Dossier préparé par Pascal Thuot