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David Fauquemberg : le monde à bras le corps.

En deux livres seulement - Nullarbor et Mal tiempo -, deux voyages au bout d’une certaine idée de l’humain, David Fauquemberg impose un style changeant, vif comme l’éclair et toujours en harmonie avec son sujet. Bien qu’il soit né en 1973, il dispose déjà d’un aplomb digne des grands écrivains aventuriers du XXème siècle. Alors, en garde lecteur !

Avec Mal tiempo qu’il publie cet automne aux éditions Fayard, David Fauquemberg reprend pied sur les rings qu’il fréquenta durant sa jeunesse. Pas n’importe où toutefois, à Cuba, là où la boxe exige TOUT des gamins qui s’y adonnent dans l’espoir de devenir des champions et de défendre les couleurs de leur drapeau aux olympiades.
Le narrateur de ce roman - boxeur en fin de course - accompagne deux jeunes espoirs français que leur entraîneur souhaite voir s’endurcir dans l’atmosphère surchauffée des gymnases en tôles ondulées. Ils ne seront pas déçus ; ici on travaille jusqu’à l’oubli de soi, dans l’ascèse et la dépossession. C’est là qu’il fait la connaissance de Yoangel Corto, un jeune poids lourd qui collectionne les victoires par K.O, mais qui ne combat pas tant son adversaire que la boxe elle-même.
Au-delà de son sujet - la boxe amateur, la vraie, l’authentique - et de Cuba, David Fauquemberg s’attaque à l’universelle question des sacrifices consentis, du dépassement de soi par le travail, pour gagner peut-être, une vie meilleure. L’auteur a su mettre les mots au pas, il leur a inoculé le tempo parfait, celui qui créé l’adéquation totale entre le sujet et l’écriture :

"Campé dans le coin rouge, Julio Cesar Vasquez n’avait nulle intention de jouer les faire-valoir. C’était un macho mexicain de Cuidad Obregon, désert de Sonora, en face de la mer de Cortés. " MEH-HI-CO, RAH, RAH, RAH ! ", clamaient ses nombreux partisans. Les tatouages sur ses bras dessinaient une fresque - la Vierge de Guadalupe, le rictus funeste d’une cavalera, des aigles, des étoiles, une épée transperçant un coeur et, tracé en lettres de sang : ESPERANZA. Sur son biceps droit, le panache enflammé de Tezcatiploca, l’ennemi intime, dieu-miroir qui perce le secret des hommes. Le Coeur de la montagne, maître de la guerre et du temps."

A lire cette langue physique, charnelle et mouvante qui doit autant au shadow boxing qu’au rythme chaloupé façon Caraïbe et hip-hop, on se dit que David Fauquemberg vient de bousculer quelque chose dans la littérature française de ces dernières années. Son style et son engagement littéraire évoquent Truman Capote et Hemingway, mais aussi plus proche de nous le grand métissage linguistique d’un Junot Diaz, Pulitzer 2008 pour son roman " La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao " (Plon).

Passons de l’autre côté du monde à présent.

En Australie, pour prendre part à un voyage halluciné qui nous conduira du Nullarbor, terre de poussière oubliée de Dieu au Sud-ouest du Continent jusqu’aux mangroves torrides de l’extrême-nord, dernier refuge pour quelques poignées d’aborigènes. Pour bien comprendre ce qui va arriver au fil des pages, imaginez-vous bras-dessus bras-dessous avec un jeune Kerouac en herbe, prêt à tout pour assouvir sa fringale d’aventure, quitte à faire un pas de deux avec la mort (pour une poignée de dollars) sur un chalutier ou on chasse le requin à la chevrotine !
Et puis, tant bien que mal, après quelques rencontres improbables, les bras et les mains lacérées par quinze jours d’enfer en mer, David Fauquemberg arrive dans le Nord, à Broome - un non-lieu absolu - puis dans la région de Beagle Bay en compagnie d’aborigènes : Art, ceux de Fitzroy(des cocasses, ceux-là !), et le fameux, l’extraordinaire Augustus. C’est là que notre petit français - baptisé Napoléon par ses hôtes - va poser son sac et vivre un temps hors du temps dans le giron d’un peuple asphyxié par l’histoire. Il y a une forme d’humour désemparé chez Fauquemberg (allez de suite du côté des pages 139 à 141 : la recette du crabe à la Marvin !), pour dire les ravages de l’acculturation sur le " peuple ancien ".

Ce très remarqué récit de voyage valu à David Fauquemberg les éloges de la critique, un prix Nicolas Bouvier et celui du Meilleur livre de voyage Lire/RTL. Encore une fois, c’est l’écriture de l’écrivain qui affole les compteurs : précise, essorée de tout maniérisme, une belle enragée tactile en diable ; une plume acérée qui joue des coudes avec les rigueurs du monde.

David Fauquemberg possède sans aucun doute la classe des grands !

Pascal Thuot