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Thomas Gunzig

Thomas s’appelle Gunzig, il est né à Bruxelles en 1970, et comme si ce n’était pas suffisant, il est bourré de talent.

l’auteur du mois est un belge !

Des nouvelles – citons par exemple A part moi, personne n’est mort (Castor Astral), ou encore Le plus petit Zoo du monde (Au Diable Vauvert) – au roman tel que le très contemporain Kuru (Folio Gallimard), il fait œuvre de visionnaire un rien désabusé. Il peut aussi trouver des versets sataniques en lisant Marie-Claire à l’envers. Ce n’est pas pour rien qu’il a élu domicile d’écrivain dans la belle maison de Marion Mazauric : Au Diable Vauvert.

Il a récemment publié, 10.000 litres d’horreur pure, une modeste (pas tant que ça) contribution à une sous-culture qui fit les délices de notre adolescence boutonneuse : les films d’horreur.

Il nous fait rigoler. On l’aime, un point c’est tout.

MON LIBRAIRE EST UN CON

Avant de faire des livres et que ça me permette presque de vivre proprement, j’étais libraire. Avant d’être libraire, j’étudiais pour devenir ambassadeur et avoir une Mazeratti Quattroporte de fonction. Avant ça, j’étais jeune et je voulais faire de la biologie moléculaire pour créer une race de mouches mutantes et devenir le maître du monde.

Enfin bref, j’ai été libraire.
Pendant dix ans.
Déjà avant ça, j’aimais pas spécialement les livres.
J’aimais bien les histoires, mais je n’aimais pas les livres.
Et les librairies m’apparaissaient comme d’étranges labyrinthes neurasthéniques où travaillaient des gens au psychisme fragile.
Après dix ans de librairie, j’ai pu tirer la conclusion que je ne me trompais pas.
Le libraire va souvent mal.
Je ne parle pas de son commerce, qui va souvent mal aussi, je parle de son esprit.
Faites une expérience : prenez un jeune qui vient de terminer ses études. Le jeune plein d’illusion qui croit que l’art peut sauver le monde, que la littérature est autre chose qu’une gigantesque arnaque élaborée pour faire croire à l’être humain qu’il a plus de valeur que les eucariotes du protérozoïque. Et à ce jeune, donnez-lui un travail : libraire.
Pendant dix années payez-le mal. Rechignez pour ses congés. Faites le déjeuner dans une réserve à vieux cartons. Faites-le ranger les milliards d’offices de septembre. Faites-lui faire les retours. Et surtout, faites-lui rencontrer des écrivains...
C’est en rencontrant des écrivains que le libraire apprendra à vraiment détester son métier, tous les libraires savent qu’il y a plusieurs sortes d’écrivains :
- L’écrivain copain : dès qu’il arrive, il dit bonjours à tout le monde et raconte des choses amusantes. Souvent, il fait mine d’ignorer l’étudiant qui travaille à la caisse.
- L’écrivain timide : souvent auteur d’un premier roman. Il vient voir si on l’a bien reçu, mais il n’ose pas demander alors il le cherche. Souvent au mauvais endroit. Quelquefois, il le change de place ou il le remet sur une table s’il était déjà en rayon.
- L’écrivain qui appelle la responsable par son prénom : et ça énerve la responsable parce que la responsable ne l’aime pas.
- L’écrivain qui demande systématiquement ses 15% de ristourne à la caisse : c’est souvent le même qui appelle la responsable par son prénom.
- L’écrivain qu’on ne reconnaît jamais : c’est souvent l’écrivain qui aurait voulu qu’on le reconnaisse. Il sort en hochant la tête sur la misère de la librairie et se souvient qu’un jour, on l’a reconnu à la Fnac.
- L’écrivain qui veut être en vitrine : et qui ne comprend pas, voire qui est sincèrement choqué de ne pas y être. Qui croit à un complot ourdi contre lui, qui se demande pourquoi on cherche à lui nuire, qui trouve ça scandaleux. Il sort en hochant la tête sur la misère de la librairie et se souvient qu’un jour, on l’a mis en vitrine au "Loir qui Bouquine", une librairie de la Haute-Vienne .
- L’écrivain qui veut qu’une pile de ses livres soit à la caisse : et qui justifie sa demande en détaillant une théorie marketing assez compliquée dans laquelle il en va surtout de l’intérêt du libraire.
- L’écrivain qui méprise le petit personnel : après son passage, il arrive qu’on retire son livre de la vitrine.
- L’écrivain qui veut qu’on lui organise une soirée : une soirée avec du champagne et des pains surprises et pour laquelle l’étudiant de la caisse aura passé trois samedi à envoyer des invitations. C’est le genre de soirée que l’écrivain pourrait faire chez lui car la plupart du temps, le public se résume à des amis qu’il a vu la veille autour d’une fondue. La seule différence, c’est que cette fois-ci il y a un animateur qui pose des questions.
- L’écrivain bavard à la caisse : il s’agit souvent de l’écrivain timide dans un stade ultérieur de son évolution. Il passe souvent le samedi après midi.
- L’écrivain qui croit qu’on l’aime bien : souvent celui qui veut qu’on lui organise une soirée.
- L’écrivain qui croit qu’on ne l’aime pas : il lui arrive d’avoir raison.
Mais, de toutes ces catégories, il en est deux, particulièrement redoutables :
- La femme de l’écrivain : qui peut devenir violente si le livre de son mari n’est pas en stock.
- La mère de l’écrivain : qui peut devenir violente si le livre de son fils n’est pas en stock.
Retrouvez votre jeune dix ans plus tard. Avec le temps il aura compris : être libraire est un métier aussi malsain que colleur de semelles pour Shoe Post dans un atelier Indien. Les auteurs sont des enfoirés ou des losers. Il y a une parenté entre le livre et la métastase. Il vaut mieux faire tradeur dans une grosse boîte, passer ses vacances à Courchevel, boire des Woo Woo au Stanley’s Bar et, si c’est possible, sauter sans amour des grandes blondes, que d’essayer de trouver des réponses improbables à des questions qui n’existent pas.
En tout cas, il saura qu’a la fin de l’histoire, le résultat est le même.