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Jón Kalman Stefánsson

Né à Reykjavik en 1963, romancier, poète et traducteur, cet auteur a reçu de nombreuses distinctions pour ses œuvres. Après ses premiers ouvrages à succès "Entre ciel et terre" et "La tristesse des anges", est publié en 2013 "Le cœur de l’homme" qui clôt sa trilogie sur l’Islande de la fin du XIX siècle.
Il était notre invité le 22 septembre 2015 à l’occasion de la parution de "d’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds", son remarquable dernier roman.

Tous les livres de Jón Kalman Stefánsson sont disponibles chez Gallimard dans les traductions d’Eric Boury.

La lettre qui suit a été lue en sa présence.

Cher Jon,

Pour certaines personnes dont je suis, il est difficile de se tenir éloigné de la mer trop longtemps. C’est la raison pour laquelle, tout ce qui se rapporte à elle, sa grandeur aveugle et insensible, sa beauté inhumaine, fascine et appelle irrésistiblement.

Quel enfant, né aux creux des terres grasses de la campagne ne voyait-il pas, entre ciel et terre, la mer, cette bande bleue pâle bordée d’écume ? Les enfants y croient dur comme fer.

« Entre ciel et terre », c’est le titre par lequel nous vous avons découvert, dans la belle traduction d’Eric Boury. Et quelle révélation ! Quelle gifle digne d’un coup de tabac que cette histoire de pêcheurs à la morue, de marins perdus à cause de la poésie, du « Paradis perdu » de Milton pour être plus précis, dont le jeune Bardur voulait à tout prix retenir les vers avant de s’embarquer avec ses compagnons d’infortune sur ce fragile esquif où il allait perdre la vie à cause d’une vareuse oubliée.

Voilà où mène la poésie !

La poésie toujours qui guidera les pas du gamin, l’ami de défunt, sur les chemins sans complaisances de cette terre rude et vengeresse, porteur de la terrible nouvelle et de ce livre endeuillé qu’il veut rendre à son propriétaire.

Ce roman, Jon Kalman, nous le proposions à nos clients les yeux brillants d’admirations et d’incrédulité. Et nombre d’entre eux l’a reçu avec reconnaissance pour le faire découvrir à son tour, pour que chacun puisse aller creuser en lui et retrouver cette étincelle de vie, cette foi en l’homme que seule la littérature sait transmettre avec autant de force.

Chacun aussi, dévorant ces phrases incandescentes, s’écriait en son fort intérieur : mais où puise-t-il ce chant féroce et mélancolique ? Il faut être poète, n’est-ce pas ? Comme Bardur, comme le gamin, comme le postier arque-bouté dans la tempête de neige de « La tristesse des anges ». Il faut en connaître un rayon sur le cœur des hommes, comme le capitaine aveugle et Andréa dans le roman du même nom, comme Oddur et Margret dans ce nouveau livre dont il sera question ce soir, comme tant de personnages inoubliables qui habitent votre œuvre.

Oui, poète, probablement ou au moins avoir essayé de l’être intensément.

Mais surtout il faut être Islandais et ça, même avec la meilleure volonté du monde, ça ne s’invente pas. Ecrire non plus d’ailleurs.

« Celui qui entreprend d’écrire ne peut rien passer sous silence, c’est le premier commandement, le fondamental, le soubassement » Nous sommes donc prévenus.

L’écrivain islandais que vous êtes est né à Reykjavik. Vous avez étudié, ce qui n’est pas banal, pour devenir astronome, mais comme il faut bien manger et acheter des livres, c’est dans les conserveries de poissons que vous avez trouvé de quoi subvenir à vos besoins, et là aussi, peut-être, que vous avez fait vos premières pêches miraculeuses : des mots qui, assemblés, donneront lieu à des poèmes, puis aux trois romans qui forment la trilogie du gamin.

Et enfin, ce dernier texte « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » qui atteint une forme de perfection. On a le sentiment que, comme les enfants qui voient la mer entre ciel et terre sur la ligne d’horizon, vous croyez dur comme fer que la beauté et l’amour peuvent encore sauver le monde. Ce qui serait naïf et risible chez certain est noble et irrésistible chez vous.

Alors, Jon, je veux d’ores et déjà vous remercier pour tout cela, vous remercier du fond du cœur pour nous avoir fait sauter tout nu dans l’eau gelée à la suite de Tryggvi, le marin-poète, pour nager jusqu’à la lune, ivre d’alcool, d’amour de la vie et de poésie.

Pascal Thuot