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Lettre à Nathacha Appanah

"Tropique de la violence", son nouveau roman, est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Chère Nathacha,

J’ai décidé de vous écrire une lettre car je voulais être sûre que rien ne m’échappe ce soir. J’ai donc préférer consigner par écrit les raisons pour lesquelles vous êtes ici ce soir.
Merci, tout d’abord de nous faire l’honneur de venir jusqu’à nous.
Vous êtes romancière depuis quelques années déjà. Chacun de vos roman a tenu en juste place sur ma table de chevet. Et pour cause, le premier roman publié chez Gallimard, intitulé Les Rochers de Poudre d’or racontait l’histoire des engagés indiens venus à l’île Maurice pour remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre. Ce récit vibrant et juste racontait ainsi mon histoire car tout comme vous, je suis d’origine mauricienne. C’est cette identité commune qui, dans un premier temps, m’a poussée vers vos textes. Je ne m’en cache pas. C’est cela aussi la littérature. Je la connaissais cette histoire des engagés. A chaque fois que je l’entendais, elle me faisait l’effet d’un conte pour enfants. Elle était loin de moi si loin. Puis, un jour, est arrivé sur la table de la librairie ce premier roman. Il a jeté un pont entre mes ancêtres et moi et pour la première fois, j’avais accès à un pan entier de leur histoire. Je pouvais mettre des décors, des couleurs, des visages, dessiner des paysages lumineux qui brillent sous le soleil des tropiques. La mer turquoise chahutée par la proue des navires. Et tout cela, grâce à votre plume, à votre talent.
Fidèle lectrice attentive, je vous ai suivi.
J’ai été la Maya de Blue Bay Palace sorti en 2004, et fiévreuse j’ai aimé ce salaud de Dave qui n’était pas de ma caste. Inquiète et seule, j’ai marié ma fille Anna, en fumant clope sur clope dans "La Noce d’Anna" publié en 2005. J’ai été Raj Le dernier frère, publié en 2007 qui n’a jamais réussi à mettre des mots sur la mort de mes frères Anil et Vinod. Je me suis lié d’amitié avec David, un petit garçon juif sans papier emprisonné sur mon île, parce qu’il n’avait pu rejoindre Haifa. En attendant demain, j’ai été Anita en 2015, journaliste-romancière en mal d’inspiration, menant une vie de couple ordinaire avec Adam jusqu’à ce qu’arrive Adèle, source d’amour et de mort.br>
Oui au fil des ans, j’ai guetté l’arrivée de vos romans, et à chaque fois, la même excitation, la même joie, le même engouement et la même envie, celle de vous lire. Ainsi en a t-il été pour Tropique de la Violence dont je me suis saisi avant l’été, comme une petite fille son cadeau sous le sapin de Noël. Mais Noël était loin soudain. J’ai été Marie, Bruce, Stéphane, Olivier. J’ai senti sous ma peau crépiter la souffrance, la violence, la rage animale qui détruit les cœurs et les espoirs. Surtout, j’ai été Moïse, cet enfant aux yeux verrons abandonné par sa mère sur une plage de Mayotte. Adopté par Marie, j’ai grandi comme un enfant de blanc. Marie est morte, j’avais quatorze ans. Je me suis retrouvée dans les rues de Kaweni, ce ghetto nommé Gaza, sous l’autorité de Bruce, comme dans Batman, un chef de gang. Et là dans la peau de Moïse, j’ai compris qu’en plus d’être une romancière d’exception, qu’au delà de cet attachement géographique qui nous lie, il y a autre chose, de plus profond, de plus universel, quelque chose qui dépasse les frontières. Cette écriture qui est la vôtre, sublime, sensuelle, intense, poétique, cette façon de prendre corps dans chacun de vos personnages, de donner la voix aux oubliés de l’histoire, de raconter le maillage des vies, les destins chaotiques, cette écriture ne me concernait plus seulement moi et mes histoires d’ancêtres. Il fallait à tout prix que je transmette, que je partage tout ce qui durant toutes ces années m’avait fait vibrer. Grâce à mon métier de libraire c’est une possibilité qui,chaque jour, m’est offerte. Et je ne pouvais pas ne pas saisir cette occasion inespérée de vous avoir là parmi nous. Car quoi de plus merveilleux que la transmission directe, sans intermédiaire. Merci donc Nathacha encore une fois d’être avec nous ce soir.

Brindha Seethanen